Un excipient discret, mais incontournable
Le lactose est le sucre naturellement présent dans le lait des mammifères. Peu sucré, peu coûteux, inerte et largement disponible, il s'est imposé comme l'excipient de remplissage le plus répandu dans la fabrication des comprimés et des gélules.
Son histoire est un cas d'école de la galénique : de son isolement à partir du petit-lait jusqu'à ses grades pharmaceutiques modernes conçus pour la compression directe, le lactose a traversé plusieurs siècles de chimie et de pharmacie.
Une découverte à cheval sur trois siècles
Présent dans le lait, principale source glucidique des mammifères, le lactose est connu empiriquement depuis l'aube de l'élevage. Son isolement en tant que substance distincte est toutefois attribué au médecin italien Fabrizio Bartoletti, au début du XVIIe siècle, qui obtint un « sel de lait » par évaporation du petit-lait.
Au XVIIIe siècle, le chimiste suédois Carl Wilhelm Scheele reconnaît sa nature sucrée, en 1780. C'est enfin le chimiste français Jean-Baptiste Dumas qui lui donne, en 1843, le nom de lactose, du latin lac, le lait. Sa structure de diholoside, formé de galactose et de glucose, ne sera pleinement élucidée que par la chimie des sucres, au tournant du XXe siècle.
Des formes cristallines aux usages distincts
Le lactose est un sucre faiblement sucré, soluble dans l'eau et chimiquement stable. Il existe sous plusieurs formes cristallines, aux propriétés technologiques distinctes :
- Le lactose monohydrate (α), obtenu par cristallisation puis broyage ou tamisage, largement utilisé en granulation humide.
- Le lactose anhydre (β), moins sensible à l'humidité.
- Le lactose séché par atomisation (spray-dried), aux excellentes propriétés d'écoulement et de compression, spécialement conçu pour la compression directe.
Cette diversité de formes et de grades explique les nombreuses références commerciales — Pharmatose, Flowlac, SuperTab, Tablettose, entre autres — que l'on retrouve dans un catalogue de matières premières.
Digestion et tolérance : ce qu'il faut savoir
Le lactose est digéré grâce à une enzyme intestinale, la lactase, qui le scinde en glucose et en galactose absorbables. Une partie de la population présente un déficit en lactase, à l'origine de l'intolérance au lactose.
Aux quantités présentes dans les médicaments, l'apport est généralement très faible et bien toléré. Cette caractéristique doit néanmoins figurer dans l'information du produit, car certains patients y sont sensibles.
Un excipient aux multiples fonctions pharmaceutiques
Le lactose remplit plusieurs fonctions dans la formulation des formes solides et des poudres :
- Diluant / agent de charge des comprimés et gélules, apprécié pour son faible coût, sa disponibilité, son inertie et son goût neutre.
- Support de compression directe, dans ses grades atomisés ou co-transformés.
- Agent de granulation, dans les procédés par voie humide.
- Support (carrier) des poudres pour inhalation dans les inhalateurs de poudre sèche, où de grosses particules de lactose véhiculent le principe actif micronisé jusqu'aux voies respiratoires.
En raison de sa compatibilité et de sa polyvalence, le lactose accompagne un très grand nombre de principes actifs. Il faut toutefois tenir compte de sa réactivité de Maillard avec les molécules porteuses de fonctions amines, comme certains principes actifs, susceptible d'entraîner un brunissement ou une dégradation. D'où l'importance des études de compatibilité menées lors du développement d'une formulation.